Si vous pensez que vous avez encore quelque chose à apprendre, si vous désirez dédier votre existence à un idéal pour un mieux être de vous-même et des autres, soyez le ou la bienvenu(e) dans ce blog. A travers Sonagnon (neveu fictif dont le nom en langue Fon du Bénin signifie 'l'avenir sera bon'), le blog s'adresse avant tout aux jeunes bénino-africains en particulier et à tout jeune en général. L'objectif est triple: motiver, faire réfléchir et aider à agir. Contenu: préoccupations des jeunes. Méthode: partage d'expérience et recours à des données pratiques de Psychologie de l'Education.
En somme, ce blog nourrit une ambition éducative.

samedi 31 décembre 2011

Lettre N° 6 à mon neveu: « QUE VEUX-TU FAIRE DE L’ANNEE NOUVELLE ? »



Cher Sonagnon,

Je reconnais que je n’ai pas encore répondu à toutes tes préoccupations dont entre autres les causes, manifestations et gestion des crises de l’adolescence, les différents types d’identités auxquels l’adolescent peut être confronté, et bien d’autres encore… Si Dieu le veut, je t’apporterai quelque satisfaction en son temps. Mais dans cette lettre-ci, je voudrais, en harmonie avec l’humanité entière à quelques heures de 2012, te demander : « que veux-tu faire de cette année nouvelle que Dieu nous accorde ? »
Mon cher Neveu, la question pourrait sembler prétentieuse dans la mesure où tout ne dépendra pas que de toi pour ce que sera ce nouveau lap de temps qui s’ouvre devant nous. Les philosophes n’ont pas encore fini de débattre des questions de destin ou de savoir si c’est l’homme qui fait l’histoire ou si c’est l’histoire qui fait l’homme… Toutefois, même si tout ne dépendra pas que toi, « que veux-tu faire de l’année nouvelle » demeure une question légitime, ne serait-ce que pour la partition que toi, en tant que sujet libre et pensant, créature crée à l’image de Dieu, jouera dans ce que sera l’année. 
Alors, mon cher neveu Sonagnon, quel est ton programme pour l’année 2012 ? Qu’as-tu demandé à Dieu pour cette année qui commence ? Tu as sans doute reçu des vœux de Santé, de Paix, de Succès et de mille autres choses… Mais toi-même, quels sont les objectifs que tu souhaites atteindre en 2012 ? Et comment penses-tu travailler à la réalisation de ces projets ? A quoi aspires-tu ? Quel est ton projet de vie ? Quelles sont tes ambitions, quels sont tes rêves ? Comment veux-tu réaliser ta vie (études, apprentissage, diplômes, travail, emploi….) ? 
Cher Sonagnon, la vie a toujours été un combat, et celle d’aujourd’hui se révèle encore plus âpre. Passer le temps à rêvasser, à s’ennuyer, à papillonner sans but précis ou à se complaire dans l’oisiveté ne fait qu’augmenter notre pauvreté et notre souffrance. Mon cher neveu, l’insouciance, le manque de conviction et l’inexistence de détermination, pour le jeune homme ou la jeune fille, sont plus dangereux que le virus de la poliomyélite. Évite à tout prix de mener une vie sans programme. 
Sonagnon, tu m’avais une fois dit que la bonne détermination seule ne suffit pas. Je te comprends : chez nous, les moyens souvent font défaut ; l’assistance des parents est insuffisante ou même inexistante ; des fois, tu n’as personne sur qui compter ; la crise économique continue de sévir; répondre aux exigences financières des études ou de l’apprentissage est une vraie galère ; et au bout du rouleau, trouver du travail ou de l’emploi après la formation constitue une autre épreuve faite d’incertitude, de frustration, d’amertume et de découragement. Et pourtant, il existe heureusement des jeunes qui acceptent d’affronter ces défis. Alors, mon cher neveu, malgré cette chaine d’obstacles indéniables, ne baisse jamais les bras. Continue la lutte pour la vie avec l’espoir que Dieu ne reste indifférent à l’effort de personne
Cher Sonagnon, tu connais bien l’adage populaire de chez nous qui dit : « mets ta jarre sur le genou, et Dieu t’aidera à la mettre sur la tête. »  Si tu ne te fixes aucun objectif dans ta vie, tu passeras chaque année comme du temps affreusement gaspillé. Même sur le lac, une barque s’impose une direction, sinon elle est menée au gré du vent et n’atteint jamais sa destination. Prends garde ! Les bonnes résolutions seules ne suffisent pas pour la réussite d’une vie, mais elles constituent des stimulants et des garde-fous contre la dispersion, la frivolité et le gaspillage du temps que Dieu nous accorde. Mon cher neveu, sais-tu que se fixer des objectifs et prendre l’habitude de planifier peut aider à mieux vivre, même au fin fond de nos villages ? On rencontre parfois des personnes qui se plaignent de ne pas savoir ce qu’elles ont pu concrètement faire d’une tontine reçue, d’une belle vente de coton, d’un salaire perçu ou d’un beau bénéfice réalisé dans le commerce. Entre autres raisons, c’est que parfois, ces personnes ne s’étaient pas fixé des projets avant de se retrouver soudainement en possession de telles sommes d’argent : résultat ? Tout se volatilise sans trace. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, pour que tu voies que le manque de projets, d’objectifs et de planifications peut créer beaucoup de désagréments dans la vie. 
Mon cher neveu, nous ne pouvons donc plus continuer à nous contenter de vivre au jour le jour, sans aucune planification du lendemain ou du futur. Un jeune sans projet de vie est par anticipation un adulte sans vision, et les adultes sans visions, selon les propos d’un penseur, sont la cause des malheurs de l’Afrique et de ses pays.
Alors, que souhaites-tu faire de l’an 2012 dans ton histoire ? 
Que le Tout-Puissant comble tes vœux ainsi que les vœux de tous ceux qui aspirent à un idéal !

Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome

lundi 28 novembre 2011

Lettre N° 5 à mon neveu: "Qui suis-je?" (Première Partie)


Cher Sonagnon,

De ce que je t’avais un peu dit sur le contenu de la Psychologie du développement, tu souhaites que je t’explique davantage la question du « Qui suis-je ? » pour un adolescent comme toi. Mon cher Sonagnon, je t’avoue que tu poses là une question de grande portée. Je ne voudrais pas t’entraîner sur le sentier rocailleux des grandes théories psycho-scientifiques, je m’efforcerai de te trouver un langage adapté, toutefois il te faudra quand même un peu d’attention pour suivre et comprendre.
« Qui suis-je ? » est une question importante pour tout individu à certains moments de la vie. Pour un adolescent, « qui suis-je ? » signifie le devoir de construire son identité, mais attention ! ce n’est pas toujours une simple affaire !
Avant tout, quand nous parlons d’adolescence, dans quelle tranche d’âge nous situons-nous ? Selon les auteurs, il existe différentes considérations, mais convenons, en Psychologie de l’éducation, avec Erickson et Berger, que l’adolescence globalement se situe dans la tranche d’âge comprise entre 10 et 20 ans (Berger, 2000, p. 283). Cette tranche d’âge ne doit pas être considérée de manière fermée et rigide parce que les phénomènes de l’adolescence parfois s’observent même au-delà des 20 ans. La période de l’adolescence est caractérisée par les changements biologiques liés à la puberté et aussi souvent par des crises : le petit garçon ou la petite fille qui, hier, voulait être comme papa ou maman qu’il prenait comme les meilleurs modèles du monde, devient maintenant un adolescent qui commence à tout remettre en cause. Une sorte de changement s’est opéré dans le jeune. La révolte, l’entrée en rébellion contre les parents et les conflits avec eux interviennent souvent en ce moment. Je reviendrai dans une autre lettre sur ce rapport conflictuel de l’adolescent avec ses parents, mais ce qui est fondamental tant pour le jeune que pour les parents est de ne ni dramatiser à outrance cette situation, ni désespérer du jeune comme d’un individu irrécupérable. Il faut considérer les crises comme des phénomènes normaux dans le processus de toute croissance. Désormais donc, l’adolescent s'éloigne de ses parents et préfère plutôt fréquenter le groupe des pairs ou amis d’âge (Berger, 2000, p. 339); pour lui, c’est le bon cadre de référence pour se mesurer aux autres, connaître ses compétences ainsi que  ses futurs engagements dans la société (Erikson, 1975). Ce qui préoccupe désormais l’adolescent, c’est son identité où l’image corporelle revêt une grande importance, surtout pour la fille qui, parfois, passe des heures devant le miroir.
Cher Sonagnon, le « Qui suis-je ? » doit se monnayer sous forme d’autres questions : Quel est mon âge et qu’est-ce que cela implique pour moi ? Suis-je un garçon ou une fille ? Quelles sont mes compétences et résultats scolaires ?, qu’est-ce que j’aime faire, quels sont mes talents, quelles sont mes inclinations amoureuses, quelle est ma conduite morale, quel est le sens de ma vie ? etc… Trouver des réponses sincères à ces questions et réaliser son identité, voilà deux exigences que l’adolescent doit satisfaire pour devenir adulte. Nous pouvons ici nous permettre un véritable rapprochement avec l’initiation dans la tradition africaine qui a lieu pour le ou la jeune vers les 16 ans et qui marque son passage à l’âge adulte (Moumouni, 1998, 33).
Sonagnon, comme tu le vois, il s’agit d’un processus psychosocial délicat et parfois perturbateur pour l’adolescent lui-même, mais il vaut mieux être informé pour être tranquillisé. Le processus peut varier d’un individu à un autre et parfois durer plusieurs années. De l’étude des chercheurs, certains jeunes n’entrent pas forcément en rébellion contre les parents et les figures d’identification de leur enfance. D’ailleurs, dans une société traditionnelle, on remarque que la formation de l'identité se déroule relativement sans heurts. Une adolescence sans remise en cause tapageuse n’est donc pas une anomalie ; pour les chercheurs, un jeune qui intègre dans le calme et le consensus les valeurs précédemment reçues a simplement une identité surdéterminée. Il existe d’autres types d’identité comme l’identité réalisée, l’identité négative, l’identité en moratoire et l’identité confuse (Berger, 2000, p. 340). Ce dernier type, selon les chercheurs, est l’identité des adolescents qui ne consacrent pas d'énergie à la recherche de leur individualité. Ces jeunes ont parfois de difficulté à faire leurs travaux scolaires et à réfléchir à leur avenir : ils n'ont pas encore une idée claire de ce qu'ils sont et de ce qu'ils veulent devenir (Waterman, 1985). Il est vrai que de nombreux adolescents traversent diverses périodes, développant d'abord une identité surdéterminée ou une identité diffuse, puis une identité en moratoire avant d'atteindre une identité réalisée. Mais mon cher neveu, le « qui suis-je » s’identifie au devoir du « connais-toi, toi-même ». Sortir avec les amis, se divertir, aller au bal, jouer au football etc., sont légitimes, mais ne doivent pas te faire oublier ce devoir vital de construction de ta personnalité et de ton identité : alors Sonagnon, quelle est ton identité ? quel type de jeune es-tu ?

1) Berger, Kathleen S. (2000), Psychologie du développement, Traduit par Marie- Claude Désorcy, Modulo Éditeur, Mont-Royal (Québec), Canada.
 2) Erikson, Erik H. (1975), Life history and the historical moment, Norton, New York.
3) Moumouni, A. (1998), L’éducation en Afrique, Présence Africaine, Paris.
4) Waterman, Alan S. (1985), Identity in the context of adolescent psychology. In Alan S. Waterman (Ed.), Identity in adolescence: Processes and contents: Vol 30. New directions in child development, Jossey Bass, San Francisco.  


Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU, 
Rome




jeudi 21 juillet 2011

Lettre N° 4 à mon neveu: "Seul l’Esprit Saint peut changer le cœur d’un criminel en cœur d’un Saint !" (Suite et fin)



                                      Cher Sonagnon,

Voici la dernière partie de cette causerie donnée à la Pentecôte dernière.

Frères et soeurs, 
      "Qui veut la paix et la sécurité s'investisse dans l'éducation!"  
Voilà le sous-titre que je voudrais bien donner à cette ultime partie. 

Aujourd'hui, la Cours Pénale Internationale de la Haie arrête des individus pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, cela est beau, mais en réalité, qui arment les dictateurs et les auteurs de crime contre l'humanité? Où commencent les crimes contre l'humanité? N'est-ce pas plutôt dans ces USINES qui fabriquent les armes et qui font la fortune de ces mêmes puissances qui ensuite jouent aux sapeurs pompiers? Cette hypocrisie internationale, la Cour Pénale Internationale ne la connaît-elle pas? Et pourtant, le silence continuera à régner à ce sujet parce qu'il faut bien que les coffres-forts des puissants continuent d'être renfloués avec l'argent des armes, si ce n'est pas du pétrole puisé en compensation. Dans un article publié par ZENIT le Jeudi 20 Novembre 2008 et intitulé "Il est plus facile d'acheter les armes que de la nourriture, dénonce le Saint-Siège", Mgr Celestino Migliore, Observateur Permanent du Saint-Siège près les Nations Unies affirme: "Pour mettre fin au trafic d'armes illicite et à ses conséquences désastreuses pour la population mondiale, il faut d'abord respecter les accords signés en vue d'une réduction de l'armement. [...] Le trafic d'armes illicite, l'accumulation des armes et leur production illicite sont un obstacle à la solution pacifique des différends, transforment les tensions en conflits armés et sont sont un facteur clé pour leur prolongement, compromettant gravement la paix et le développement. Le manque de réglementation et d'engagement à réduire les fournitures d'armes a engendré un monde dans lequel il est plus facile d'obtenir des armes que de la nourriture, un toit ou une instruction. [...] Si l'on consacrait une partie seulement des 1,3 billions de dollars dépensés dans l'armement à des programmes visant à promouvoir la croissance sociale, économique et spirituelle, on créerait non seulement un monde meilleur et plus sûr, mais on favoriserait aussi un respect réciproque et le respect pour la vie (1)". Comme un précurseur en son temps, Raoul Follereau disait: "Donnez-moi la somme que coûte  un bombardier, et je sauverai tous les lépreux de la terre!" Mais hélas, les appels de ce genre sont souvent étouffés par le bruit des USINES de fabrication des chars. En dépit de son évolution et du degré de civilisation atteint, il est curieux que l'homme demeure encore esclave de la logique guerrière, comme s'il n'existe pas d'autre sagesse en dehors de la guerre pour résoudre les problèmes. L'acharnement à faire la guerre aujourd'hui! Très Bien!, mais les conséquences demain et après demain, qui peut le prédire??? Que chacun prenne donc garde à la manière dont il construit l'histoire humaine! Les foyers de tension dans le monde sont déjà assez nombreuses pour qu'on continue d'en créer: il n'y pas que la logique guerrière pour résoudre les problèmes; l'homme est doté de la capacité de créativité et d'invention; trouver d'autres sagesses est toujours possible si l'on renonce aux intérêts égoïstes inavoués. Nous sommes au 21ème siècle: je souhaite que le vieux principe "qui veut la paix prépare la guerre!" devienne "qui veut la paix et la sécurité s'investisse dans l'éducation!" Le problème est de toucher le coeur de l'homme et de l'éduquer. L'agressivité, l'instinct de domination et toutes les autres folies de l'homme constituent en nous cette part animale qu'il faut plutôt dompter et non encourager. Pour la paix dans le monde, l'Esprit Saint nous suggère la stratégie suivante: "La meilleure manière de vaincre ton ennemi est d'en faire un ami". Un tel principe pourrait ne pas rencontrer l'assentiment de tous, mais imaginez-vous combien serait beau notre monde s'il fonctionnait suivant cette logique. Malheureusement, voyez combien de haine il y a dans le monde aujourd'hui, combien de désespoir, de déception, de désillusion, de frustration règnent dans les coeurs. Comme suggéré par le psaume responsorial de ce jour, demandons à l'Esprit Saint de renouveler la face de la terre. Qu'il fasse de nous ses témoins dans ce monde blessé, qu'il inspire inspire nos engagements, qu'il soutienne votre Association dans ses initiatives. L'Esprit du Seigneur veut notre collaboration et celle de tous les hommes de bonne volonté pour faire un monde que nous nous permettons de rêver sans dictature, sans guerre, sans domination, sans agressivité, un monde de fraternité et d'acceptation mutuelle, un monde simplement beau de la beauté et de l'union du Dieu Père, Dieu Fils et Dieu Esprit Saint! Il est permis de rêver comme Martin Luther King. Tel est donc notre rêve, telle est aussi notre prière, Ainsi soit-il!

1) Mgr Migliore prononçait ce discours devant le Conseil de Sécurité, lors du débat d'ouverture sur le thème: "Maintien de la paix et de la sécurité internationale: renforcer la sécurité collective à travers la réglementation générale et la réduction des armements." 

samedi 16 juillet 2011

Lettre N° 4 à mon neveu: "Seul l’Esprit Saint peut changer le cœur d’un criminel en cœur d’un Saint !" (Première partie)



                                      Cher Sonagnon,

      Avant tout, reçois toutes mes excuses pour mon long silence depuis un moment. J'étais simplement submergé. Merci pour ta dernière lettre dans laquelle tu m'as demandé avec insistance l'extrait d'une causerie donnée le jour de la Pentecôte dernière, 12 Juin 2011. En effet, ce fut en réponse à la demande d'une Association dénommée 'Ensemble' qui regroupe plusieurs nationalités, dont notamment des Italiens, Sénégalais, Togolais, Béninois, Rwandais, Maliens, etc... Ladite Association basée en Italie oeuvre pour la paix, essaie de vivre une fraternité universelle et s'investit dans des oeuvres de charité un peu partout, notamment à Lomé où elle soutient un orphelinat. Voici l'extrait de ce que j'ai dit:

Chers frères et Soeurs, avant tout bonne fête de la Pentecôte!
Ce jour qui nous rappelle la descente de l'Esprit Saint sur les Apôtres nous invite à nous tourner vers Dieu et à reprendre courage et confiance. En effet, quand on voit comment va notre monde aujourd'hui, avoir peur semble normal, perdre de l'espoir devient une tentation permanente. Aujourd'hui, nous voulons nous rappeler que c'est le Saint Esprit qui peut véritablement convertir les coeurs des hommes. Seul le Saint Esprit peut convertir les criminels ou les dictateurs et en faire des Saints. Ce ne sont pas les bombes, ni les armes, ni les avions de guerre qui convertissent les coeurs des hommes. La logique de la force et de la domination guerrière ne rentrent nullement dans le plan de Dieu. Ce que nous avons vu en Côte d'Ivoire, ce à quoi nous assistons encore en Libye, toutes ces guerres hâtivement décidées, toutes ces injustices ne peuvent réjouir aucun fils de Dieu épris de paix. Dieu justement ne nous a pas confié la création et le monde pour les détruire comme on s'acharne à le faire aujourd'hui. Un dirigeant politique défiant et peut-être "fou", cela irrite certes, mais est-ce là un motif suffisant pour commencer à détruire un peuple et un pays entier avec son patrimoine même inoffensif? On prétend aller protéger les civils! Beau montage recouvert de vernis humanitaire! , on le brandit pour se donner bonne conscience et trouver des alliés. Un peu comme hier, pour justifier la colonisation imposée à des peuples paisibles, on disait bonnement que c'était pour leur apporter les bienfaits de la "Civilisation". D'hier à aujourd'hui, l'histoire n'a pas tellement changé. Et nous connaissons l'adage français: qui veut tuer son chien l'accuse de rage. Il faut donc aller protéger les civils contre le carnage de leur dictateur!, mais en réalité, qui sont les premières victimes de ces rages meurtrières? Ne sont-ce pas justement ces civils? Et quand on s'excuse après en parlant de "bavure" ou quand on promet ensuite des milliards d'euros ou de dollars pour la reconstruction, qu'est-ce que cela à côté des milliers de vies innocentes anéanties en peu de temps? Pour le premier semestre de l'année 2011, on estime à près de 1.400 le nombre de civils tués en Afghanistan. Comment peut-on prétendre protéger avec le feu? Selon le témoignage du Cardinal Stanislaw(1), une des fois que Jean-Paul II fut presque 'enragé de colère', c'était à la veille de la guerre contre l'Irak. En effet, le bienheureux Pape s'épuisait à faire éviter cette guerre, mais réalisant que ses efforts furent vains, il dût céder à une terrible colère où il répétait: "la guerre ne résout pas les problèmes, elle ne résout rien..." En vérité, quelques années après cette prophétie, nous avons encore aujourd'hui sous nos yeux les résultats de cette guerre. Tout recours à la force est toujours lourd de conséquences. Si donc, la véritable intention est de trouver les solutions les meilleures, le recours à la force ne doit pas être la première stratégie (Fin Première Partie).   
 


1) Le Cardinal Stanislaw, actuel archevêque de Cracovie en Pologne, fut le secrétaire du Pape Jean-Paul II.

dimanche 10 avril 2011

Lettre N° 3 à mon neveu: "Pourquoi les politiciens font-ils des promesses irréalistes ?"


                                      Cher Sonagnon,

      Merci de ton dernier courrier où tu m'as dépeint l'ambiance socio-politique qui prévaut actuellement dans notre pays à quelques jours des élections présidentielles. Dans la même lettre, tu m'as demandé pourquoi les politiciens font des promesses irréalistes.

            Mon cher neveu, on ne peut pas absolument mettre en doute la bonne foi de nos candidats aux élections présidentielles. Toutefois, j'ose croire que nombre d'entre eux jouent sur la corde de la psychologie des pauvres. Ils font miroiter un bonheur qu'ils ne sont pas nécessairement en mesure de procurer. Le jeu semble à la faveur de celui qui peut 'séduire le plus'. Dans cette logique, les campagnes électorales prennent l'allure de véritables compétitions de promesses faramineuses (crédits, argent...). Devant des discours théoriquement jonchés des milliards avec la garantie que beaucoup de choses (soins, scolarités, etc...) deviendront gratuites chez nous, l'homme non averti sombre dans le rêve et oublie les vraies questions. Mais si nos politiciens se permettent un tel 'chantage', n'est-ce pas parce que sur ce terrain de la pauvreté, chacun d'eux est conscient d'être perçu comme le 'Messie' détenteur  de la clé de toutes les solutions? Les problèmes des citoyens peuvent-ils vraiment être résolus sans le concours et l'engagement personnel de chacun?
Mon cher Sonagnon, pour être bref, je voudrais te laisser méditer les propos suivants: "Un homme qui attend tout de l'Etat, dont il pense que c'est une émanation céleste qui a le pouvoir de créer de l'argent venu de nulle part, n'est pas un citoyen; un citoyen, c'est quelqu'un qui est conscient qu'il contribue à l'édification de la société par son labeur. Tant que ceux qui votent ne comprennent pas que l'Etat n'est pas un distributeur  automatique de billets, mais seulement un gestionnaire de leur argent, il ne pourra pas y avoir de démocratie véritable dans notre pays"1
     A toi fructueuse méditation, et à notre cher pays, Bonnes et Pacifiques élections!
  

1) Roland RIBOUX in Michel-Robert GOMEZ et Adrien HUANNOU, L’Education au Service du Développement du Bénin, CAAREC Editions, Cotonou, 2009, p. 4

Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome

samedi 12 mars 2011

Lettre N° 2 à mon neveu: "QUEL EST TON PAYS?" (Suite et fin)


                                      Cher Sonagnon,

      En effet, mon cher neveu, à la grave question « quel est ton pays ? » ma réponse ne sera que subjective. Parfois, j’ai comme l’impression que notre pays semble moins connu que d’autres nations du monde, mais toutefois ce qui importe, selon moi, est que le Bénin soit connu positivement, qu’il ait une image honorable là où il est connu. Voilà ce à quoi nous devons tous engager, béninois au pays ou à l’extérieur. 
            Quand on me demande « Quel est ton pays ? » et que je réponds que c’est le Bénin, certains en ont une idée, mais beaucoup d’autres ne le connaissent pas. Quelques fois, je dois rappeler que c’est l’Ancien Dahomey. Avec cette précision, bien de personnes se retrouvent. Quand il s’agit des anglophones, il faut toute de suite dire ‘Republic of Benin’ pour qu’ils ne confondent pas avec Benin City, un état à l’intérieur du Nigeria. Mais l’astuce la plus efficace pour clarifier ma réponse quand je n’ai pas un globe ou une carte à portée de main, est de dire que mon pays est le Bénin en Afrique de l’Ouest situé entre des pays limitrophes comme le Nigeria… Dès lors, mes interlocuteurs souvent manifestent un signe de satisfaction.
            Mon cher neveu, tu es peut-être surpris de tout l’effort que je dois déployer avant que les gens aient une idée de notre cher pays. Il n’est pas toujours simple d’apaiser les curiosités avec une simple mention de nom. A travers la demande « quel est ton pays ? », il faut comprendre que la réelle préoccupation de tes interlocuteurs est de savoir quel type de cliché mérite ta provenance nationale. En effet, à l’échelle mondiale, chaque pays porte une image constituée de plusieurs facteurs.
            Il y a des pays connus parce que tristement célèbres : ce sont, par exemple, des pays quotidiennement évoqués dans les médias internationaux parce que troublés par des guerres, des soulèvements et des conflits armés. Dans cette catégorie, rentrent aussi des pays frappés par des catastrophes naturelles, des calamités, des tremblements de terre, de grandes inondations avec des épidémies et des famines à grande échelle. Dieu merci, notre cher Bénin n’a pas cette sinistre célébrité-là. Être peu connu vaut mieux que d’avoir une funeste réputation. Alors Sonagnon, ne nous lassons jamais d’œuvrer pour l’unité et la paix chez nous. Que personne, quel que soit son rang social, n’accepte jamais d’allumer la poudrière de la guerre ou de contribuer de quelque manière à incendier ce beau pays que Dieu nous a donné, le Bénin
            Il y a aussi les pays bien connus grâce à leur influence mondiale, à leur puissance économique ou même à cause de leur performance sportive (par exemple un pays ayant remporté la coupe du monde dans les compétitions mondiales du football). Ce sont des pays dits développés et considérés grands. Sur cette liste ‘des puissants et des grands’ ne figure pas encore le Bénin, mais il peut y figurer un jour. On ne peut pas ne pas avoir des rêves. La grandeur dont je parle n’est pas une question de superficie. D’ailleurs, la Suisse est bien petite en taille géographique, toutefois elle constitue un point de mirage dans le monde. C’est te dire, mon cher neveu, que même s’il est considéré comme un petit pays pas très connu dans le monde, même s’il appartient aujourd’hui au groupe des pays du ‘tiers-monde’ vus comme les ‘sanctuaires ordinaires de la misère, du sous-développement et des peuples assistés’, notre cher pays le Bénin peut acquérir une grande et honorable image dans le monde par le rôle que chaque béninois et chaque béninoise l’amènera à assumer dans l’histoire. Et puisque, dans notre foi légendaire, nous avons souvent cru que Dieu aime le Bénin, Dieu peut accomplir tous les miracles pour le Bénin à condition que nous Béninois et Béninoises le veuillons et y collaborions, car à Dieu, rien n’est impossible.

Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome



Lettre N° 2 à mon neveu: "QUEL EST TON PAYS?" (Première partie)

                                     Cher Sonagnon,
        
       J’ai bien reçu ta lettre dans laquelle tu voulais savoir les questions que les blancs me posent souvent ici. Tu as raison car les blancs ont une curiosité insatiable ; il semble que leur façon de ‘s’intéresser’ à une personne, c’est de lui poser des questions. Parmi leurs curiosités, la question la plus fréquente est : « quel est ton pays? ». Parfois, elle est autrement formulée comme par exemple « De quel pays viens-tu ? » ; « D’où viens-tu ? » ; « De quelle partie de l’Afrique es-tu ? », mais tu vois bien qu’il s’agit toujours de la même demande.

            Mon cher neveu, je ne me rappelle pas le nombre exact de fois où l’on m’a posé cette question, mais je puis t’assurer qu’elle m’a été adressée plus d’un millier de fois. J’ai même l’impression que pour l’homme blanc, c’est ton pays qui remplace ton père, ta mère et même ta famille. La belle preuve est qu’ils m’ont rarement demandé qui est mon père, ma mère ou ma famille. 
            De cette expérience, je pense avoir tiré une belle leçon. En effet, cette demande très fréquente au sujet de mon pays a fini par forger en moi une conscience patriotique plus affinée que celle que j’avais au pays. Je me suis demandé, avec un pincement au cœur, pourquoi il fallait affronter cette situation de séjour à l’extérieur avant de voir émerger en moi ce type particulier de conscience patriotique. Cher Sonagnon, ce que je te dis là va au-delà d’une simple fierté nationale. C’est quelque chose qui, je pense, ne préoccupe pas souvent dans la routine quotidienne et la tranquillité qu’on éprouve chez soi où tout semble aller de soi. Mais une fois hors de ta patrie, tu te rends mieux compte que provenir de tel ou tel pays est une affaire sacrée. Avoir une appartenance nationale devient pour toi un besoin vital. Quand tu voyages à l’extérieur, ton pays te suit. Il te couvre de son manteau. Ta dignité vaut sa dignité, ton histoire se lit dans son histoire. Je comprends maintenant pourquoi certaines personnes voyagent toujours avec un petit drapeau de leur pays en poche. A te dire vrai, mon cher neveu, c’est à travers l’idée qu’ils ont du Bénin que les gens ici me regardent. Je dois t’avouer que j’ai parfois tiré orgueil quand ils évoquent certaines figures de chez nous ou désignent notre pays comme le Quartier Latin de l’Afrique. 
            Sonagnon, si tu faisais mon expérience, tu te rendrais compte de combien il est important d’honorer notre pays où que nous soyons. N’attends pas de te retrouver hors du Bénin avant de t’acquitter de ce devoir sacré. Ce qui se vit dans le pays est ce qui le fait connaître et lui confère son image à l’extérieur. A ce sujet, je te vois justement curieux de savoir quelle est l’image extérieure du Bénin. 

Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome

mercredi 2 mars 2011

LETTRE N°1 A MON NEVEU : « EST-IL VRAI QUE LES JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS ? » (Suite et fin)


                                    Cher Sonagnon,

Comme promis, je t'écris pour te donner mon point de vue sur l'article "LES NOIRS NE LISENT PAS" dont je t'ai cité quelques extraits dans ma précédente lettre (Cf. Lettre N°1, première partie). Mon premier sentiment dès la connaissance du texte fut l'effet d'un grave outrage. Mon amour propre fut comme déchiré en lambeaux, mais après un effort pour transcender mes émotions et retrouver mon sang froid, je me suis rendu compte que ce n'étais pas si faux, ce qu'on écrivait de nous. D'ailleurs, à la fin de l'article, mon professeur qui le partageait avec moi ajoutait ceci:

« C'est un ami Africain qui m'a envoyé ce mail, et IL A RAISON. Cela nous concerne aussi au plus haut point, nous, Hommes et Femmes d'Afrique. Prouvons-leur que ce qu'ils pensent de nous est faux. Passez cette lettre à vos amis et relations et réagissez le plus vite possible... »

              

               Mon cher Sonagnon, je pense que la meilleure réaction contre un tel écrit sera notre effort pour lire. L'article fait mal, mais lire ne profitera qu'à nous mêmes. Nous ne pouvons vraiment améliorer notre sort que si nous lisons pour aiguiser notre intelligence, augmenter nos connaissances, affiner notre réflexion et mieux orienter notre existence.

               Cher Sonagon, chaque culture a les secrets de son génie, et j'ose croire que la lecture est l'un des secrets du génie du blanc. Dans une famille que j'ai une fois visitée ici, j'ai remarqué une habitude anodine: au petit déjeuner, on mettait sur la table toujours ensemble le pain et le journal quotidien. Après avoir avalé son café ou son thé, chacun parcourait rapidement le journal. Cela pouvait paraître superflu d'autant cette famille disposait d'une télévision, mais pourtant, chacun procédait à cette lecture rapide du journal comme s'il s"agissait d'un rituel sacré qui signifie: le pain alimente le corps, la lecture alimente l'intelligence et permet de trouver les stratégies pour améliorer son existence. Voilà, cher neveu, quelque chose qui me semble vrai, et je ne trouve rien d'aliénant à adopter ce principe vital, LIRE.

             Je suis heureux que ton point de vue à ce sujet ne s'oppose pas théoriquement au mien, mais malheureusement, il semble que les JEUNES AFRICAINS NON PLUS NE LISENT PAS. Un de mes amis m'en convainquait en ces termes: "les multiples initiatives de promotion de la lecture à travers les concours rencontrent moins d'intérêt et d'engouement que les concours de danse et de beauté. Toute chose destinée à toujours confiner le jeune africain dans la superficialité et l’instantanéité."
           Alors Sonagnon, si tu décides de lire, je continuerai à t'écrire. Dans l'attente de ta réponse, je te formule mes voeux les meilleurs.

Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.

LETTRE N°1 A MON NEVEU : « EST-IL VRAI QUE LES JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS ? » (Première partie)

                                    Cher Sonagnon,

Merci pour ta lettre dans laquelle tu souhaitais correspondre avec moi. Je m'en réjouis car j'ai vraiment envie de partager avec toi tout ce que je vis ici, "au pays des blancs" comme on dit chez nous. Mais avant tout, je veux m'assurer que tu liras toutes les lettres que je t'écrirai. Parce qu'on m'as dit deux choses que j'ai entendues: 

que les NOIRS NE LISENT PAS;

et que les JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS.

Oui, mon cher neveu, j'ai ressenti une profonde douleur quand j'ai lu que les NOIRS NE LISENT PAS. Ces choses terribles qu'on avait écrites à notre propos quelque part en Amérique, ce fut l'un de mes professeurs estimés qui avait bien voulu les partager avec moi. En voici même un extrait:


 «LES NOIRS NE LISENT PAS. C'est le titre d'un article que Dee Lee avait lu sur les ondes d'une station de radio de New York.  

   LES NOIRS NE LISENT PAS ET RESTENT TOUJOURS NOS ESCLAVES. Nous pouvons encore continuer à récolter des profits des Noirs sans effort physique de notre part. Regardez les méthodes actuelles de maintien dans l'esclavage qu'ils s'imposent : IGNORANCE, AVIDITÉ et EGOISME. 

    Leur IGNORANCE constitue la première arme de ce maintien en esclavage. Un grand homme une fois déclara : ‘La meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de le mettre dans un livre’. Nous vivons actuellement à l'Age de l'Information. Ils ont l'opportunité de lire n'importe quel livre sur quelque soit le sujet en rapport avec leurs efforts de lutte pour la liberté, mais ils refusent de lire. Il y a d'innombrables livres facilement disponibles à Borders, à Barnes et Noble, à Amazon.com sans mentionner les librairies spécialisées pour Noirs qui fournissent des œuvres de grande valeur susceptibles de leur permettre d'atteindre une certaine équité économique (qui devrait être en fait intégrée à leur lutte) mais peu d'entre eux lisent de façon soutenue, si jamais ils lisent. […].     Ainsi donc nous continuerons à les maintenir dans cet état aussi longtemps qu'ils refuseront de lire […] »


           Mon cher neveu, j'ai été viscéralement courroucé quand j'ai lu cet article. Pour question de rigueur scientifique, j'ai cherché les sources de ce texte assez provocateur, mais vains furent mes efforts. Toutefois, j'ai voulu m'en servir. Alors quelle est, selon toi, la meilleure réaction contre un tel écrit? Réfléchis à la question et réponds-moi. Mon point de vue à moi?, tu l'auras dans ma prochaine lettre (Cf. suite et fin). Porte-toi bien.  


Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.