Cher Sonagnon,
Merci pour ta lettre dans laquelle tu souhaitais correspondre avec moi. Je m'en réjouis car j'ai vraiment envie de partager avec toi tout ce que je vis ici, "au pays des blancs" comme on dit chez nous. Mais avant tout, je veux m'assurer que tu liras toutes les lettres que je t'écrirai. Parce qu'on m'as dit deux choses que j'ai entendues:
que les NOIRS NE LISENT PAS;
et que les JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS.
Oui, mon cher neveu, j'ai ressenti une profonde douleur quand j'ai lu que les NOIRS NE LISENT PAS. Ces choses terribles qu'on avait écrites à notre propos quelque part en Amérique, ce fut l'un de mes professeurs estimés qui avait bien voulu les partager avec moi. En voici même un extrait:
«LES NOIRS NE LISENT PAS. C'est le titre d'un article que Dee Lee avait lu sur les ondes d'une station de radio de New York.
LES NOIRS NE LISENT PAS ET RESTENT TOUJOURS NOS ESCLAVES. Nous pouvons encore continuer à récolter des profits des Noirs sans effort physique de notre part. Regardez les méthodes actuelles de maintien dans l'esclavage qu'ils s'imposent : IGNORANCE, AVIDITÉ et EGOISME.
Leur IGNORANCE constitue la première arme de ce maintien en esclavage. Un grand homme une fois déclara : ‘La meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de le mettre dans un livre’. Nous vivons actuellement à l'Age de l'Information. Ils ont l'opportunité de lire n'importe quel livre sur quelque soit le sujet en rapport avec leurs efforts de lutte pour la liberté, mais ils refusent de lire. Il y a d'innombrables livres facilement disponibles à Borders, à Barnes et Noble, à Amazon.com sans mentionner les librairies spécialisées pour Noirs qui fournissent des œuvres de grande valeur susceptibles de leur permettre d'atteindre une certaine équité économique (qui devrait être en fait intégrée à leur lutte) mais peu d'entre eux lisent de façon soutenue, si jamais ils lisent. […]. Ainsi donc nous continuerons à les maintenir dans cet état aussi longtemps qu'ils refuseront de lire […] »
Mon cher neveu, j'ai été viscéralement courroucé quand j'ai lu cet article. Pour question de rigueur scientifique, j'ai cherché les sources de ce texte assez provocateur, mais vains furent mes efforts. Toutefois, j'ai voulu m'en servir. Alors quelle est, selon toi, la meilleure réaction contre un tel écrit? Réfléchis à la question et réponds-moi. Mon point de vue à moi?, tu l'auras dans ma prochaine lettre (Cf. suite et fin). Porte-toi bien.
Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.

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