Cher Sonagnon, J’ai bien reçu ta lettre dans laquelle tu voulais savoir les questions que les blancs me posent souvent ici. Tu as raison car les blancs ont une curiosité insatiable ; il semble que leur façon de ‘s’intéresser’ à une personne, c’est de lui poser des questions. Parmi leurs curiosités, la question la plus fréquente est : « quel est ton pays? ». Parfois, elle est autrement formulée comme par exemple « De quel pays viens-tu ? » ; « D’où viens-tu ? » ; « De quelle partie de l’Afrique es-tu ? », mais tu vois bien qu’il s’agit toujours de la même demande.
Mon cher neveu, je ne me rappelle pas le nombre exact de fois où l’on m’a posé cette question, mais je puis t’assurer qu’elle m’a été adressée plus d’un millier de fois. J’ai même l’impression que pour l’homme blanc, c’est ton pays qui remplace ton père, ta mère et même ta famille. La belle preuve est qu’ils m’ont rarement demandé qui est mon père, ma mère ou ma famille. De cette expérience, je pense avoir tiré une belle leçon. En effet, cette demande très fréquente au sujet de mon pays a fini par forger en moi une conscience patriotique plus affinée que celle que j’avais au pays. Je me suis demandé, avec un pincement au cœur, pourquoi il fallait affronter cette situation de séjour à l’extérieur avant de voir émerger en moi ce type particulier de conscience patriotique. Cher Sonagnon, ce que je te dis là va au-delà d’une simple fierté nationale. C’est quelque chose qui, je pense, ne préoccupe pas souvent dans la routine quotidienne et la tranquillité qu’on éprouve chez soi où tout semble aller de soi. Mais une fois hors de ta patrie, tu te rends mieux compte que provenir de tel ou tel pays est une affaire sacrée. Avoir une appartenance nationale devient pour toi un besoin vital. Quand tu voyages à l’extérieur, ton pays te suit. Il te couvre de son manteau. Ta dignité vaut sa dignité, ton histoire se lit dans son histoire. Je comprends maintenant pourquoi certaines personnes voyagent toujours avec un petit drapeau de leur pays en poche. A te dire vrai, mon cher neveu, c’est à travers l’idée qu’ils ont du Bénin que les gens ici me regardent. Je dois t’avouer que j’ai parfois tiré orgueil quand ils évoquent certaines figures de chez nous ou désignent notre pays comme le Quartier Latin de l’Afrique. Sonagnon, si tu faisais mon expérience, tu te rendrais compte de combien il est important d’honorer notre pays où que nous soyons. N’attends pas de te retrouver hors du Bénin avant de t’acquitter de ce devoir sacré. Ce qui se vit dans le pays est ce qui le fait connaître et lui confère son image à l’extérieur. A ce sujet, je te vois justement curieux de savoir quelle est l’image extérieure du Bénin.
Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome
Sonagnon, si tu faisais mon expérience, tu te rendrais compte de combien il est important d’honorer notre pays où que nous soyons. N’attends pas de te retrouver hors du Bénin avant de t’acquitter de ce devoir sacré. Ce qui se vit dans le pays est ce qui le fait connaître et lui confère son image à l’extérieur. A ce sujet, je te vois justement curieux de savoir quelle est l’image extérieure du Bénin.
Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome
Rome

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