Si vous pensez que vous avez encore quelque chose à apprendre, si vous désirez dédier votre existence à un idéal pour un mieux être de vous-même et des autres, soyez le ou la bienvenu(e) dans ce blog. A travers Sonagnon (neveu fictif dont le nom en langue Fon du Bénin signifie 'l'avenir sera bon'), le blog s'adresse avant tout aux jeunes bénino-africains en particulier et à tout jeune en général. L'objectif est triple: motiver, faire réfléchir et aider à agir. Contenu: préoccupations des jeunes. Méthode: partage d'expérience et recours à des données pratiques de Psychologie de l'Education.
En somme, ce blog nourrit une ambition éducative.
samedi 12 mars 2011
Lettre N° 2 à mon neveu: "QUEL EST TON PAYS?" (Première partie)
Cher Sonagnon, J’ai bien reçu ta lettre dans laquelle tu voulais savoir les questions que les blancs me posent souvent ici. Tu as raison car les blancs ont une curiosité insatiable ; il semble que leur façon de ‘s’intéresser’ à une personne, c’est de lui poser des questions. Parmi leurs curiosités, la question la plus fréquente est : « quel est ton pays? ». Parfois, elle est autrement formulée comme par exemple « De quel pays viens-tu ? » ; « D’où viens-tu ? » ; « De quelle partie de l’Afrique es-tu ? », mais tu vois bien qu’il s’agit toujours de la même demande.
Mon cher neveu, je ne me rappelle pas le nombre exact de fois où l’on m’a posé cette question, mais je puis t’assurer qu’elle m’a été adressée plus d’un millier de fois. J’ai même l’impression que pour l’homme blanc, c’est ton pays qui remplace ton père, ta mère et même ta famille. La belle preuve est qu’ils m’ont rarement demandé qui est mon père, ma mère ou ma famille. De cette expérience, je pense avoir tiré une belle leçon. En effet, cette demande très fréquente au sujet de mon pays a fini par forger en moi une conscience patriotique plus affinée que celle que j’avais au pays. Je me suis demandé, avec un pincement au cœur, pourquoi il fallait affronter cette situation de séjour à l’extérieur avant de voir émerger en moi ce type particulier de conscience patriotique. Cher Sonagnon, ce que je te dis là va au-delà d’une simple fierté nationale. C’est quelque chose qui, je pense, ne préoccupe pas souvent dans la routine quotidienne et la tranquillité qu’on éprouve chez soi où tout semble aller de soi. Mais une fois hors de ta patrie, tu te rends mieux compte que provenir de tel ou tel pays est une affaire sacrée. Avoir une appartenance nationale devient pour toi un besoin vital. Quand tu voyages à l’extérieur, ton pays te suit. Il te couvre de son manteau. Ta dignité vaut sa dignité, ton histoire se lit dans son histoire. Je comprends maintenant pourquoi certaines personnes voyagent toujours avec un petit drapeau de leur pays en poche. A te dire vrai, mon cher neveu, c’est à travers l’idée qu’ils ont du Bénin que les gens ici me regardent. Je dois t’avouer que j’ai parfois tiré orgueil quand ils évoquent certaines figures de chez nous ou désignent notre pays comme le Quartier Latin de l’Afrique. Sonagnon, si tu faisais mon expérience, tu te rendrais compte de combien il est important d’honorer notre pays où que nous soyons. N’attends pas de te retrouver hors du Bénin avant de t’acquitter de ce devoir sacré. Ce qui se vit dans le pays est ce qui le fait connaître et lui confère son image à l’extérieur. A ce sujet, je te vois justement curieux de savoir quelle est l’image extérieure du Bénin.
Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome
Sonagnon, si tu faisais mon expérience, tu te rendrais compte de combien il est important d’honorer notre pays où que nous soyons. N’attends pas de te retrouver hors du Bénin avant de t’acquitter de ce devoir sacré. Ce qui se vit dans le pays est ce qui le fait connaître et lui confère son image à l’extérieur. A ce sujet, je te vois justement curieux de savoir quelle est l’image extérieure du Bénin.
Ton oncle P. Coffi Roger ANOUMOU
Rome
Rome
mercredi 2 mars 2011
LETTRE N°1 A MON NEVEU : « EST-IL VRAI QUE LES JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS ? » (Suite et fin)
Cher Sonagnon,
Comme promis, je t'écris pour te donner mon point de vue sur l'article "LES NOIRS NE LISENT PAS" dont je t'ai cité quelques extraits dans ma précédente lettre (Cf. Lettre N°1, première partie). Mon premier sentiment dès la connaissance du texte fut l'effet d'un grave outrage. Mon amour propre fut comme déchiré en lambeaux, mais après un effort pour transcender mes émotions et retrouver mon sang froid, je me suis rendu compte que ce n'étais pas si faux, ce qu'on écrivait de nous. D'ailleurs, à la fin de l'article, mon professeur qui le partageait avec moi ajoutait ceci:
« C'est un ami Africain qui m'a envoyé ce mail, et IL A RAISON. Cela nous concerne aussi au plus haut point, nous, Hommes et Femmes d'Afrique. Prouvons-leur que ce qu'ils pensent de nous est faux. Passez cette lettre à vos amis et relations et réagissez le plus vite possible... »
Mon cher Sonagnon, je pense que la meilleure réaction contre un tel écrit sera notre effort pour lire. L'article fait mal, mais lire ne profitera qu'à nous mêmes. Nous ne pouvons vraiment améliorer notre sort que si nous lisons pour aiguiser notre intelligence, augmenter nos connaissances, affiner notre réflexion et mieux orienter notre existence.
Cher Sonagon, chaque culture a les secrets de son génie, et j'ose croire que la lecture est l'un des secrets du génie du blanc. Dans une famille que j'ai une fois visitée ici, j'ai remarqué une habitude anodine: au petit déjeuner, on mettait sur la table toujours ensemble le pain et le journal quotidien. Après avoir avalé son café ou son thé, chacun parcourait rapidement le journal. Cela pouvait paraître superflu d'autant cette famille disposait d'une télévision, mais pourtant, chacun procédait à cette lecture rapide du journal comme s'il s"agissait d'un rituel sacré qui signifie: le pain alimente le corps, la lecture alimente l'intelligence et permet de trouver les stratégies pour améliorer son existence. Voilà, cher neveu, quelque chose qui me semble vrai, et je ne trouve rien d'aliénant à adopter ce principe vital, LIRE.
Je suis heureux que ton point de vue à ce sujet ne s'oppose pas théoriquement au mien, mais malheureusement, il semble que les JEUNES AFRICAINS NON PLUS NE LISENT PAS. Un de mes amis m'en convainquait en ces termes: "les multiples initiatives de promotion de la lecture à travers les concours rencontrent moins d'intérêt et d'engouement que les concours de danse et de beauté. Toute chose destinée à toujours confiner le jeune africain dans la superficialité et l’instantanéité."
Alors Sonagnon, si tu décides de lire, je continuerai à t'écrire. Dans l'attente de ta réponse, je te formule mes voeux les meilleurs.
Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.
LETTRE N°1 A MON NEVEU : « EST-IL VRAI QUE LES JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS ? » (Première partie)
Cher Sonagnon,
Merci pour ta lettre dans laquelle tu souhaitais correspondre avec moi. Je m'en réjouis car j'ai vraiment envie de partager avec toi tout ce que je vis ici, "au pays des blancs" comme on dit chez nous. Mais avant tout, je veux m'assurer que tu liras toutes les lettres que je t'écrirai. Parce qu'on m'as dit deux choses que j'ai entendues:
que les NOIRS NE LISENT PAS;
et que les JEUNES AFRICAINS NE LISENT PAS.
Oui, mon cher neveu, j'ai ressenti une profonde douleur quand j'ai lu que les NOIRS NE LISENT PAS. Ces choses terribles qu'on avait écrites à notre propos quelque part en Amérique, ce fut l'un de mes professeurs estimés qui avait bien voulu les partager avec moi. En voici même un extrait:
«LES NOIRS NE LISENT PAS. C'est le titre d'un article que Dee Lee avait lu sur les ondes d'une station de radio de New York.
LES NOIRS NE LISENT PAS ET RESTENT TOUJOURS NOS ESCLAVES. Nous pouvons encore continuer à récolter des profits des Noirs sans effort physique de notre part. Regardez les méthodes actuelles de maintien dans l'esclavage qu'ils s'imposent : IGNORANCE, AVIDITÉ et EGOISME.
Leur IGNORANCE constitue la première arme de ce maintien en esclavage. Un grand homme une fois déclara : ‘La meilleure façon de cacher quelque chose à un Noir est de le mettre dans un livre’. Nous vivons actuellement à l'Age de l'Information. Ils ont l'opportunité de lire n'importe quel livre sur quelque soit le sujet en rapport avec leurs efforts de lutte pour la liberté, mais ils refusent de lire. Il y a d'innombrables livres facilement disponibles à Borders, à Barnes et Noble, à Amazon.com sans mentionner les librairies spécialisées pour Noirs qui fournissent des œuvres de grande valeur susceptibles de leur permettre d'atteindre une certaine équité économique (qui devrait être en fait intégrée à leur lutte) mais peu d'entre eux lisent de façon soutenue, si jamais ils lisent. […]. Ainsi donc nous continuerons à les maintenir dans cet état aussi longtemps qu'ils refuseront de lire […] »
Mon cher neveu, j'ai été viscéralement courroucé quand j'ai lu cet article. Pour question de rigueur scientifique, j'ai cherché les sources de ce texte assez provocateur, mais vains furent mes efforts. Toutefois, j'ai voulu m'en servir. Alors quelle est, selon toi, la meilleure réaction contre un tel écrit? Réfléchis à la question et réponds-moi. Mon point de vue à moi?, tu l'auras dans ma prochaine lettre (Cf. suite et fin). Porte-toi bien.
Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.
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