Cher Sonagnon,
Comme promis, je t'écris pour te donner mon point de vue sur l'article "LES NOIRS NE LISENT PAS" dont je t'ai cité quelques extraits dans ma précédente lettre (Cf. Lettre N°1, première partie). Mon premier sentiment dès la connaissance du texte fut l'effet d'un grave outrage. Mon amour propre fut comme déchiré en lambeaux, mais après un effort pour transcender mes émotions et retrouver mon sang froid, je me suis rendu compte que ce n'étais pas si faux, ce qu'on écrivait de nous. D'ailleurs, à la fin de l'article, mon professeur qui le partageait avec moi ajoutait ceci:
« C'est un ami Africain qui m'a envoyé ce mail, et IL A RAISON. Cela nous concerne aussi au plus haut point, nous, Hommes et Femmes d'Afrique. Prouvons-leur que ce qu'ils pensent de nous est faux. Passez cette lettre à vos amis et relations et réagissez le plus vite possible... »
Mon cher Sonagnon, je pense que la meilleure réaction contre un tel écrit sera notre effort pour lire. L'article fait mal, mais lire ne profitera qu'à nous mêmes. Nous ne pouvons vraiment améliorer notre sort que si nous lisons pour aiguiser notre intelligence, augmenter nos connaissances, affiner notre réflexion et mieux orienter notre existence.
Cher Sonagon, chaque culture a les secrets de son génie, et j'ose croire que la lecture est l'un des secrets du génie du blanc. Dans une famille que j'ai une fois visitée ici, j'ai remarqué une habitude anodine: au petit déjeuner, on mettait sur la table toujours ensemble le pain et le journal quotidien. Après avoir avalé son café ou son thé, chacun parcourait rapidement le journal. Cela pouvait paraître superflu d'autant cette famille disposait d'une télévision, mais pourtant, chacun procédait à cette lecture rapide du journal comme s'il s"agissait d'un rituel sacré qui signifie: le pain alimente le corps, la lecture alimente l'intelligence et permet de trouver les stratégies pour améliorer son existence. Voilà, cher neveu, quelque chose qui me semble vrai, et je ne trouve rien d'aliénant à adopter ce principe vital, LIRE.
Je suis heureux que ton point de vue à ce sujet ne s'oppose pas théoriquement au mien, mais malheureusement, il semble que les JEUNES AFRICAINS NON PLUS NE LISENT PAS. Un de mes amis m'en convainquait en ces termes: "les multiples initiatives de promotion de la lecture à travers les concours rencontrent moins d'intérêt et d'engouement que les concours de danse et de beauté. Toute chose destinée à toujours confiner le jeune africain dans la superficialité et l’instantanéité."
Alors Sonagnon, si tu décides de lire, je continuerai à t'écrire. Dans l'attente de ta réponse, je te formule mes voeux les meilleurs.
Ton oncle P. Coffi Roger Anoumou,
Rome.

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